SOLIDAIRES FINANCES PUBLIQUES

Dans son rapport d’activité 2025, la DGFiP affirme vouloir « entretenir la force du collectif » et met en avant la vigilance accrue portée aux situations de détresse au travail. À première vue, le constat semble lucide : l’administration reconnaît l’existence d’« événements graves », évoque les risques psychosociaux et insiste sur la nécessité d’un climat de confiance.
Mais derrière cette communication institutionnelle soigneusement calibrée, une question demeure : pourquoi les agentes et les agents vont-ils si mal ?

Une souffrance reconnue… mais en évitant de nommer les maux !
Le texte accumule les références - risques psychosociaux, santé mentale, détresse, veille sociale, prévention, écoute. Pourtant, il évite soigneusement de nommer les causes structurelles de cette dégradation des conditions de travail.
Sans grande surprise, les suppressions massives d’emplois, les restructurations permanentes, les fermetures de services, l’augmentation des charges de travail, les difficultés de toutes et tous de faire plus avec moins , la pression des indicateurs, et la perte de sens du travail que cela entraîne ne sont évoquées. 
La souffrance est reconnue, mais elle est présentée comme un phénomène abstrait, presque naturel, une difficulté individuelle des agents et des agentes à gérer leur quotidien professionnel, déconnectés des politiques menées depuis des années à la DGFiP.
Comme souvent dans ce type de communication directionnelle, on traite les conséquences sans jamais interroger les décisions qui les produisent.

Le règne du langage techno
Le texte multiplie les formulations institutionnelles : « chacun trouve sa place », « disponibilité mutuelle », « climat de confiance », « valorisation des vecteurs d’expression ».
Un vocabulaire lisse, technocratique, qui est bien éloigné de la réalité des services. Les collectifs de travail sont toujours plus fragilisés avec des équipes réduites, une mobilité forcée, des outils managériaux qui mettent les collègues en concurrence (évaluation individuelle, mutations au choix et au fil de l’eau), des restructurations incessantes, un éclatement des missions et un isolement professionnel accru.
La contradiction est flagrante : on célèbre la « force du collectif » alors même que les politiques mises en œuvre ne cessent de l’affaiblir.

Une responsabilité renvoyée aux individus
Le rapport d'activité insiste enfin sur la formation des cadres à la détection des signes de détresse et sur la « disponibilité mutuelle». Bien sûr, l’écoute et l’attention humaine sont indispensables. Mais présenter la prévention principalement sous l’angle du repérage individuel pose problème.
La souffrance au travail ne relève pas seulement d’un déficit d’attention ou d’une difficulté de communication entre collègues. Elle est le produit d’une organisation du travail dégradée par des années de restrictions budgétaires et de réformes permanentes.
Former les encadrants à détecter les signaux faibles ne remplacera jamais :

  • des emplois,
  • des services de proximité,
  • des collectifs stables,
  • et des missions exercées dans des conditions dignes.

Derrière les mots, une réalité persistante
Le rapport d’activité cherche manifestement à montrer une administration attentive et responsable. Mais à force de parler de « climat », de « vigilance » et « d’accompagnement », il finit surtout par contourner l’essentiel : les choix politiques et organisationnels qui détériorent les conditions de travail des agentes et agents. À force d’accumuler les observatoires et les indicateurs, l’administration donne parfois le sentiment de documenter la souffrance davantage qu’elle ne cherche à la faire disparaître. D’ailleurs, le plan d’amélioration des conditions de travail et de prévention des risques suicidaires en est un exemple criant.
Les personnels n’attendent pas uniquement des discours sur la bienveillance ou des dispositifs de veille sociale. Ils attendent des actes concrets et, pour cela, Solidaires Finances Publiques revendique pour l’ensemble des personnels :

  • l’arrêt des suppressions d’emplois,
  • des moyens pour les services,
  • le respect des missions,
  • des réunions où les agents et agentes peuvent librement s’exprimer sur le travail,
  • et la reconstruction de véritables collectifs de travail.

Car la force du collectif ne s’entretient pas avec des éléments de langage. Elle se construit avec des moyens humains, du sens au travail, des conditions de travail améliorées, et le respect des agentes et agents qui font vivre le service public au quotidien.